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Aboubacar, tu as remporté le 1er prix du concours “Génération PF – Libérons la parole” organisé par Equipop et l’ONG RAES dans le cadre du projet Change Lab.  Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours scolaire et professionnel, et sur ce qui t’as amené à exercer le métier de journaliste radio?

Mon nom est Aboubacar Mounkaila. Je suis né le 16 avril 1986 à Bobo Dioulasso au Burkina Faso où j’ai débuté mes études primaires. Fils d’un fonctionnaire nigérien résident au Burkina Faso, je suis revenu au pays, avec mes parents, après la retraite de mon père, où j’ai poursuivi mes études primaires et secondaires.

En 2007, j’ai été engagé à la radio communautaire Jeunesse de Goudel, où j’animais une émission intitulée “100% jeunes”. Le fait de travailler à la radio m’a permis de bénéficier de plusieurs formations en journalisme et en production radiophonique.

En 2012, mon dynamisme et mon implication pour assurer le rayonnement de la radio ont convaincu les membres du comité de gestion de me nommer directeur des programmes. J’ai réalisé des émissions radiophoniques sur diverses thématiques dont la santé sexuelle et reproductive des adolescents et des jeunes, la migration, la gestion non violente des conflits…

D’ailleurs, pourquoi avoir opté pour la radio, plutôt que la presse écrite par exemple ?

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours eu une passion pour la radio. Déjà, à l’école primaire, mes amis et moi, imitions les journalistes de la radio nationale en simulant le journal parlé de 13h. La libéralisation des ondes a favorisé l’émergence des radios privées et cela a eu un rôle important dans mon orientation vers la radio. En effet, les journalistes de ces radios privées sont devenus en un temps record des vedettes qui jouissaient d’une grande popularité et de l’estime de la population. Très vite, j’ai voulu m’identifier à eux car, à travers les informations, ils contribuaient beaucoup à la sensibilisation et à l’éducation de la population. C’est alors que j’ai commencé à approcher les animateurs de la radio communautaire ‘‘Jeunesse FM’’ de Goudel qui m’ont initié au métier de la radio. Constatant ma passion et mon engagement à servir la communauté, le comité de gestion de la radio Jeunesse m’a alors donné la chance de travailler à la radio.

Remise du prix composé d’un Zoom H4/2, d’un casque, de deux micros et de deux trépieds au super gagnant

Contrairement à la presse écrite, dont l’accès au Niger nécessite en général un niveau d’études universitaires, les organes des médias audiovisuels sont beaucoup plus accessibles non seulement pour les personnes qui nourrissent l’ambition de devenir journaliste mais également pour la population qui est majoritairement analphabète.

Comme je n’ai pas eu la chance de suivre des études universitaires, l’idée d’embrasser la presse écrite ne m’a jamais traversé l’esprit. D’après moi, le média le plus accessible pour atteindre la majorité des nigériens qui sont analphabètes, reste et demeure la radio. En effet, on n’a pas besoin de faire des longues études pour animer des émissions à la radio et apporter sa contribution au développement de la communauté. A la radio, le message est véhiculé aussi bien en français qu’en langues nationales. Ce qui n’est pas le cas de la presse écrite qui nécessite un minimum d’alphabétisme pour lire et comprendre le message. Donc elle est inaccessible pour la majorité des nigériens. Pour moi, la radio est vraiment le canal idéal pour exercer ma passion et apporter ainsi ma contribution dans le développement de ma communauté.

A ce sujet, pourquoi et en quoi les questions de Droit de la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR) et de  planification familiale sont-elles si importantes de nos jours ?

Ces questions sont importantes parce que nos populations s’accroissent à un rythme accéléré et qu’il se pose des problèmes d’inadéquation avec le développement. Autre conséquence de cet accroissement incontrôlé, c’est l’augmentation du taux de mortalité maternelle natale et néo natale. Pour y faire face, je pense qu’il est important de prendre des mesures adéquates telles que :

  • Prévenir la mortalité et la morbidité maternelle ;
  • Rendre accessibles les services de santé ;
  • Insérer l’éducation sexuelle complète dans les programmes d’enseignement scolaire ;
  • Rendre disponible et accessible toutes les gammes des méthodes contraceptives etc…

Selon toi, pourquoi et/ou comment la radio est un bon moyen de sensibilisation des jeunes et des adolescent·e·s sur ces enjeux au Niger mais également en Afrique de l’Ouest ?

Au Niger, comme partout ailleurs en Afrique de l’Ouest, la radio reste et demeure le meilleur moyen pour atteindre le plus grand nombre de population, notamment les jeunes et les adolescents. Non seulement elle est plus accessible en raison de son faible coût mais aussi parce que la radio peut être écoutée partout et à tout moment. C’est le compagnon qui permet d’occuper le temps aussi bien au champ pour les hommes, comme à la cuisine pour les femmes ou à la fada pour les jeunes.

Les participant·e·s à la cérémonie de remise du prix à Niamey

Quels autres avantages présente la radio pour parler de sujets souvent culturellement tabous ?

Grâce à la radio, ces sujets peuvent subtilement être évoqués et susciter les réflexions pour le changement de comportement. La radio est devenue l’équivalent moderne du griot. Mieux, aujourd’hui et dans beaucoup de communautés africaines, la radio a remplacé l’arbre à palabres qui, on se souvient constituait la grande instance de prises de décisions dans nos communautés. Le chef du village, les sages, les autorités administratives, les leaders religieux, les experts ; bref toutes les forces vives de la communauté font appel à la radio pour porter des messages de changement. L’une des forces de la radio, c’est qu’en un temps record, elle permet d’atteindre simultanément des milliers, voire des millions de personnes. Dans beaucoup de communauté, le travailleur de la radio a une place importante. Il est considéré comme une grande personnalité dont la parole est écoutée et respectée.

Quand la radio (surtout communautaire) joue bien son rôle, la communauté se l’approprie. Et de ce fait, les messages qu’elle véhicule sont beaucoup plus écoutés et acceptés par la communauté. Aujourd’hui, beaucoup de sujets qui dans les temps étaient des sujets tabous, sont en train d’être traités sur les ondes des radios à la grande satisfaction des populations qui tirent des bonnes leçons. Pour traiter de ces sujets tabous et avoir des résultats probants, il suffit juste pour l’animateur de savoir subtilement prendre en compte et respecter certaines pesanteurs sociales.

Le concours s’est étendu à cinq pays : le Sénégal, le Niger, le Bénin, le Mali et le Burkina Faso. Quel est selon toi le sujet lié  au Droit de la Santé Sexuelle et Reproductive qui préoccupe le plus les les jeunes/adolescent.es nigérien·nes ?

Le sujet le plus préoccupant pour ces jeunes, c’est surtout la question de la responsabilité des parents et des enseignants dans l’éducation sexuelle des jeunes, car beaucoup d’adolescents ignorent qu’un seul rapport sexuel peut conduire à une maladie sexuellement transmissible ou à une grossesse non désirée.

Entretien : Emma VIDAL et Fatou Maty DIOUF

*Planification Familiale

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